Alain Duperré, 39 ans,
Éducateur en service de garde à la maternelle.

« Être un gars, ça vous ouvre toutes grandes les portes des garderies : laissez-moi vous dire qu’on est demandé! Aussitôt que j’ai terminé mon cours, plusieurs écoles m’ont appelé : elles voulaient toutes que je me joigne à leur équipe. J’avais l’embarras du choix!
Un homme apporte une autre énergie. Et cette énergie est recherchée. Exemple? Dans la cour d’école, les éducatrices sont souvent portées vers des jeux calmes comme dessiner à la craie ou faire danser les petits. Moi, j’ai tendance à m’intégrer spontanément aux parties de ballon, à faire jouer les enfants au hockey l’hiver ou au soccer l’été. J’aime que ça bouge! Je suis aussi un peu moins cajoleur que les filles avec les petits. Je leur démontre mon affection autrement. Donc, un mélange d’éducatrices et d’éducateurs dans une garderie, ça crée un bel équilibre.
Il y a une dizaine d’années que je fais ce travail. Je suis vraiment heureux. Ça exige beaucoup de patience, mais c’est une qualité également répartie entre les sexes! J’ai toujours aimé m’occuper des enfants. Jeune, j’ai passé plusieurs étés dans des colonies de vacances et j’ai été moniteur durant quatre ans. Ensuite, j’ai travaillé quelque temps dans l’hôtellerie. Mais la présence des petits me manquait. Je suis retourné aux études pour obtenir une attestation d’études collégiales en service de garde. Nous étions deux hommes pour une cinquantaine de femmes. Un jour, durant un cours d’histoire, le prof rappelait la période où les femmes ont commencé à entrer massivement sur le marché du travail, pendant la Seconde Guerre mondiale. J’ai lancé en riant : "C’est là que les problèmes ont commencé!" Laissez-moi vous dire que je me suis fait parler (rires)! Pour le reste, tout s’est très bien passé.
Au service de garde, je suis le seul homme d’une équipe de douze. Par contre, notre boss est un homme. C’est sûr qu’au début, être une « minorité visible » peut être intimidant. Très vite, on ne pense plus en termes de gars–filles, mais de personnes avec qui on a, ou non, des affinités. Et puis, on est tellement apprécié, c’est gratifiant! Mon p’tit côté manuel est aussi très demandé. Récemment, j’ai offert de bâtir des cabanes à moineaux pour une activité; j’ai travaillé toute une journée à la maison sur mon banc de scie. Quand je suis revenu le lendemain avec mes quarante cabanes, j’ai eu un certain succès, croyez-moi! J’ajouterais que durant les assemblées de plusieurs services de garde, les quelques éducateurs présents dans la salle sont écoutés avec attention lorsqu’ils prennent la parole.
Les parents aussi sont ravis que leur enfant côtoie des hommes. Des remarques négatives ou désagréables? Jamais. Ni d’un père, ni d’une mère, ni de personne d’ailleurs. Mes amis, ma famille, tout le monde a été vraiment correct et encourageant.
Pas une seule seconde je me suis dit : “Je n’irai pas travailler dans un service de garde parce que je vais me retrouver juste avec des femmes.” Ça ne m’a même pas traversé l’esprit. Je suis allé où j’avais envie d’aller, c’est tout. Et j’ai tellement bien fait! »
Alexandre Savard-Martineau, 33 ans,
Infirmier.

« Au travail, je ne regarde jamais ma montre parce que je ne m’ennuie jamais! Je carbure à l’adrénaline : être infirmier de nuit à l’urgence, c’est un travail sur mesure pour moi. On peut commencer la nuit avec zéro patient et la terminer avec vingt, dont quelques-uns peuvent être en danger de mort. On travaille sans filet. Il faut être capable d’agir rapidement et d’affronter des situations difficiles et variées : problèmes cardiaques, accidentés de la route… Être sur le qui-vive, c’est notre quotidien. Le bonheur!
Je pourrais travailler à un étage de l’hôpital; je serais alors rattaché à des patients avec qui j’établirais une relation plus à long terme. Moi, je préfère l’urgence. Mais quel que soit l’endroit, le mot « routine » ne s’applique pas dans un hôpital : même quand on ne s’y attend pas, tout peut arriver. C’est « trippant »! Je pense que j’étais destiné à être infirmier.
À deux ans, j’ai été hospitalisé. Je ne voulais plus revenir à la maison tellement je me plaisais là! J’ai tenté d’être médecin, mais c’était une période où l’on contingentait beaucoup. J’ai donc fait un Bac en biochimie et j’ai trouvé un bon poste dans une entreprise en environnement. Sauf qu’au bout de quatre ans, à 29 ans, j’ai compris que ma place n’était pas là. Le 9 à 5 dans un bureau ne me convenait pas, j’avais le goût d’aider des gens. Mais où aller? Le hasard a alors frappé… J’ai dû être hospitalisé, pour une seconde fois dans ma vie. À l’urgence, un infirmier s’est occupé de moi. Déclic. Je me suis dit : “Tiens, des gars aussi sont infirmiers? Mon intérêt pour le milieu hospitalier s’est réveillé. Quelques mois plus tard, je commençais mes études en soins infirmiers. En passant, déboulonnons un cliché : non, tous les infirmiers ne sont pas homosexuels. La très grande majorité de mes collègues ont une femme, comme moi, et des enfants.
Dans les équipes de travail, nous sommes toujours bienvenus comme gars. Ça change la dynamique je crois. Et je pense qu’on est bons pour faire baisser les tensions interpersonnelles. On apporte aussi notre couleur aux patients : notre attitude est, comment dire, plus, plus… plus masculine quoi! Les médecins sont tous très respectueux du travail infirmier. Franchement, la relation entre nous est formidable.
Ah, j’oubliais! Question de force physique, les filles aiment aussi nous avoir à leurs côtés quand un patient agressif ou agité se présente. Les drogués le sont parfois. La tendresse et l’empathie sont évidemment essentielles dans notre profession. Mais un bon infirmier doit aussi savoir faire preuve de fermeté.
Enfin, une chose est sûre : on est certains d’avoir un emploi en terminant. Les établissements s’arrachent littéralement les futurs infirmiers et infirmières. Six mois avant d’avoir mon diplôme, j’avais déjà signé mon formulaire d’embauche pour un poste permanent et à temps complet!
C’est drôle, le matin, quand on termine une nuit d’enfer à l’urgence, mes collègues et moi, on est tous pareils : on se demande pourquoi diable on fait ça. Mais aussitôt arrivés chez nous, on n’a qu’une hâte : retourner travailler! Une passion, c’est le mot! »
Bruce Sénéchal, 37 ans,
Technicien en bureautique.

« “Ah ben lui, on ne le verra pas arriver en jupe!” J’ai eu le droit à ce genre de blagues lors de mon premier emploi permanent, dans une manufacture de chaussures. Les gars de l’usine n’avaient jamais vu un homme accomplir des tâches de secrétariat. Ils n’en revenaient pas!
Quand je me suis inscrit au Collège O’Sullivan, j’allais surtout acquérir des outils de base : maîtrise du français et de l’anglais, connaissances technologiques, comptabilité… Franchement, je ne m’attendais pas à me retrouver dans une mer de filles! Nous étions quatre gars dans une classe de 32 étudiants. Disons qu’un homme se sent observé! Finalement tout s’est bien déroulé, sauf que je ne vous cacherai pas qu’au début, j’ai failli tourner les talons. Ça aurait été l’erreur de ma vie. Je suis très heureux dans ce que je fais.
Au collège, dès qu’on a vu mes capacités, on m’a encouragé et aidé, par la suite, à décrocher un emploi. Les responsables de l’école étaient, je crois, très heureux de pouvoir mettre en valeur un candidat masculin. L’intégration au monde du travail s’est déroulée sans accroc. Pas une minute je n’ai senti que les employeurs doutaient de mes compétences. Au contraire. Aucun n’a hésité à me donner ma chance. Ils ne l’ont pas regretté.
Être secrétaire exige de la méthode, de l’organisation; j’en ai à revendre! Je pense même avoir démoli certaines idées préconçues sur les gars par mon assiduité, ma rigueur, ma ponctualité et mon perfectionnisme. Partout, j’aime prouver que je peux faire aussi bien qu’une fille. Au nom de quoi y arriveraient-elles et pas nous?
Je me suis souvent fait taquiner sur mon travail, mais je n’ai jamais fait l’objet de remarques désobligeantes. Je précise, en passant, que je ne suis pas secrétaire au vrai sens du terme. Un cours de secrétariat est offert au secondaire, le cours Technique de bureautique – celui que j’ai suivi – , plus élaboré, mène à un diplôme d’études collégiales. Mais comme les deux formations sont apparentées, les gens confondent. À dire vrai, le mot « secrétaire » me rebute. C’est tellement réducteur et stéréotypé : le cliché de la secrétaire-oisive-qui-se-fait-les-ongles-en-attendant-les-commandes-du-patron a la vie tenace. Quelle personne aurait envie d’être associée à ça?
Cela dit, on ne devrait pas se priver d’aller dans un domaine qui nous attire parce que c’est un secteur étiqueté « féminin ». Il faut écouter son cœur et foncer.
J’occupe maintenant un poste permanent à la Gendarmerie royale du Canada. Je travaille en sécurité informatique. Un emploi stimulant, diversifié et motivant, qui me permet en plus de voyager à travers le pays. Lors de l’entrevue d'embauche, j’ai appris que, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ce travail était réalisé en grande majorité… par des femmes. J’y suis à l’aise : les milieux de femmes, maintenant, ça me connaît! »
Tu aimes sortir des sentiers battus, être original ?
Jouer les pionniers, aller dans un secteur où les gars sont peu nombreux pour y faire ta place, ça te tente ? Enseignement, soins infirmiers, travail social, dans une foule de domaines, on a besoin de tout ce que tu peux apporter de différent comme gars. Ta façon de penser, de réagir et d’agir, en gars. On a besoin de toi quoi ! Alors si tu as de l’audace, de l’aplomb, de l’initiative, si tu n’aimes pas la routine, vas-y, fonce !
L’embarras du choix !
Des programmes non traditionnels pour les gars, il y en a treize à la douzaine ! Que ce soit au secondaire, au collégial ou à l’université, tu as l’embarras du choix.
Par exemple :
Avec un diplôme d’études professionnelles (DEP), tu peux devenir :
Avec un diplôme d’études collégiales (DEC), tu peux devenir :
