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Bruce Sénéchal

« Faire aussi bien qu'une fille »

Bruce Sénéchal

Bruce Sénéchal, 39 ans Technicien en bureautique

« Ah ben lui, on ne le verra pas arriver en jupe! » J’ai entendu ce genre de blagues lors de mon premier emploi permanent, dans une manufacture de chaussures. Les gars de l’usine n’avaient jamais vu un homme accomplir des tâches de secrétariat. Ils n’en revenaient pas!

Quand je me suis inscrit au Collège O’Sullivan, j’allais surtout acquérir des outils de base : maîtrise du français et de l’anglais, connaissances technologiques, comptabilité… Franchement, je ne m’attendais pas à me retrouver dans une mer de filles! Nous étions quatre gars dans une classe de 32 étudiants. Disons qu’un homme se sent observé! Finalement tout s’est bien déroulé, sauf que je ne vous cacherai pas qu’au début, j’ai failli tourner les talons. Ça aurait été l’erreur de ma vie. Je suis très heureux dans ce que je fais.

Au collège, dès qu’on a vu mes capacités, on m’a encouragé et aidé, par la suite, à décrocher un emploi. Les responsables de l’école étaient, je crois, très heureux de pouvoir mettre en valeur un candidat masculin. L’intégration au monde du travail s’est déroulée sans accroc. Pas une minute je n’ai senti que les employeurs doutaient de mes compétences. Au contraire. Aucun n’a hésité à me donner ma chance. Ils ne l’ont pas regretté.

Être secrétaire exige de la méthode, de l’organisation; j’en ai à revendre! Je pense même avoir démoli certaines idées préconçues sur les gars par mon assiduité, ma rigueur, ma ponctualité et mon perfectionnisme. Partout, j’aime prouver que je peux faire aussi bien qu’une fille. Au nom de quoi y arriveraient-elles et pas nous?

Je me suis souvent fait taquiner sur mon travail, mais je n’ai jamais fait l’objet de remarques désobligeantes. Je précise, en passant, que je ne suis pas secrétaire au vrai sens du terme. Un cours de secrétariat est offert au secondaire. Le cours Technique de bureautique – celui que j’ai suivi – plus élaboré, mène à un diplôme d’études collégiales. Mais comme les deux formations sont apparentées, les gens confondent. À dire vrai, le mot « secrétaire » me rebute. C’est tellement réducteur et stéréotypé. Le cliché de la secrétaire-oisive-qui-se-fait-les-ongles-en-attendant-les-commandes-du-patron a la vie tenace. Quelle personne aurait envie d’être associée à ça?

Cela dit, on ne devrait pas se priver d’aller dans un domaine qui nous attire parce que c’est un secteur étiqueté « féminin ». Il faut écouter son cœur et foncer.

J’occupe maintenant un poste permanent à la Gendarmerie royale du Canada. Je travaille en sécurité informatique. Un emploi stimulant, diversifié et motivant, qui me permet en plus de voyager à travers le pays. Lors de l’entrevue d'embauche, j’ai appris que, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ce travail était réalisé en grande majorité… par des femmes. J’y suis à l’aise : les milieux de femmes, maintenant, ça me connaît! »

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